Et si les pays d’Amérique s’unissaient vraiment pour protéger l’océan ?
De l’Alaska à la Terre de Feu, du Pacifique aux Caraïbes, le continent américain partage des milliers de kilomètres de côtes et une biodiversité marine exceptionnelle.
Mais face à la montée des menaces – pollution plastique, surpêche, exploitation des fonds marins – la réponse doit être collective.
Bonne nouvelle : cette alliance de protection des océans existe déjà, du moins en partie. Des initiatives concrètes voient le jour, comme le Paseo del Pacífico, un corridor marin reliant les Galápagos à l’île Cocos (Costa Rica), en passant par la Colombie et le Panama.
Et en juin 2025, une étape décisive s’est jouée à Nice, lors de la Conférence des Nations Unies sur l’Océan (UNOC 3), coorganisée par la France et le Costa Rica.
Dans cet article, je vous propose de faire le point sur ce qui existe déjà, ce qui se prépare, et pourquoi une grande « Coalition Bleue des Amériques » pourrait bien changer l’avenir de nos océans.
Un océan menacé, une mobilisation continentale en marche
Les océans couvrent plus de 70 % de notre planète… mais leur santé se dégrade à une vitesse inquiétante. Et les pays d’Amérique, tous baignés par l’Atlantique, le Pacifique ou les Caraïbes, sont en première ligne.
Pollution plastique : chaque année, des milliers de tonnes de déchets finissent dans la mer. Certains pays, comme le Chili ou le Costa Rica, ont déjà interdit les sacs plastiques et les pailles à usage unique.
Surpêche : la pression sur les stocks halieutiques reste énorme, notamment autour des zones économiques exclusives. Certaines espèces emblématiques, comme les requins-marteaux, sont désormais en danger critique.
Réchauffement des eaux : avec les vagues de chaleur marine, les coraux blanchissent, les écosystèmes se déséquilibrent et les espèces migratoires perdent leurs repères.
Face à cette réalité, plusieurs pays s’engagent ensemble dans la protection des océans en Amérique.
Ce qui existe déjà : initiatives pionnières pour la protection des océans
Si l’idée d’une grande alliance pour la protection des océans en Amérique commence à faire son chemin, il faut savoir que certains projets existent déjà et montrent la voie.
Parmi les plus inspirants, il y a une initiative née en Amérique centrale, qui fait figure de modèle : le Corridor Marin de l’Est Tropical du Pacifique, ou CMAR.
Le Corridor Marin de l’Est Tropical du Pacifique (CMAR)
Créé officiellement le 2 avril 2004 par la Déclaration de San José, le CMAR réunit quatre pays engagés : le Costa Rica, l’Équateur, la Colombie et le Panama. Ensemble, ils ont décidé de protéger l’un des couloirs marins les plus riches en biodiversité au monde, dans le Pacifique tropical oriental.
Ce corridor relie plusieurs réserves marines emblématiques :
- Les îles Galápagos (Équateur), célèbres pour leur faune unique,
- L’île Cocos (Costa Rica), surnommée « l’île aux requins »,
- L’île Malpelo (Colombie), classée au patrimoine mondial de l’UNESCO,
- Et l’île Coiba (Panama), ancien pénitencier devenu refuge pour la vie marine.
L’objectif est de créer une zone de protection continue, une sorte d’ « autoroute bleue » où les espèces migratrices peuvent circuler librement et sans danger.
Action concrète forte : l’interdiction de la pêche industrielle dans les zones interconnectées. Ce n’est pas qu’un effet d’annonce : des moyens sont mis en commun pour surveiller les eaux, lutter contre la pêche illégale, et renforcer la coopération scientifique.
Le CMAR incarne une démarche exemplaire de protection des océans en Amérique. C’est la preuve qu’une coordination régionale est possible, et qu’en unissant leurs efforts, des pays peuvent protéger ensemble un bien commun, au-delà des frontières.
D’autres exemples de coopération régionale
Le CMAR n’est pas la seule preuve que les pays d’Amérique peuvent s’unir pour défendre l’environnement marin. D’autres projets – parfois moins connus – méritent aussi qu’on s’y attarde.
MERCOSUR et environnement côtier
Au sein du MERCOSUR (le marché commun du Sud), certains pays comme le Brésil, l’Argentine et l’Uruguay ont entamé des discussions pour mieux coordonner la gestion de leurs zones côtières, notamment face à l’érosion, à la montée du niveau de la mer et à la pollution des estuaires.
Canada et États-Unis : une coopération pragmatique
De l’autre côté du continent, le Canada et les États-Unis collaborent déjà dans plusieurs programmes conjoints de protection des océans, notamment dans l’Atlantique Nord et en Arctique. Ils échangent des données scientifiques, cartographient les fonds marins et surveillent les mouvements de certaines espèces.
Aires marines protégées dans les Caraïbes et au Chili
Dans les Caraïbes, plusieurs pays insulaires comme la République dominicaine, la Jamaïque ou la Barbade développent des aires marines protégées communautaires, avec le soutien de l’UNESCO.
Et au Chili, un des pays leaders en matière d’écologie marine, plus de 40 % des eaux territoriales sont aujourd’hui classées protégées, avec des règles strictes sur la pêche et les activités industrielles.
Ces exemples montrent que l’envie de coopérer existe. Mais ce qui manque encore, c’est une véritable vision commune, une alliance structurée, capable de peser dans les grandes négociations internationales. Et justement, cela commence peut-être à changer…
L’UNOC 3 à Nice (juin 2025) : un tournant pour l’action océanique
En juin 2025, un événement majeur s’est tenu à Nice : la troisième Conférence des Nations Unies sur l’Océan (UNOC 3). Pour la première fois, cette conférence mondiale a été co-organisée par la France et le Costa Rica, symbole fort de la coopération Nord-Sud sur les enjeux marins.
Une mobilisation internationale exceptionnelle
Pendant cinq jours, plus de 60 chefs d’État, des milliers de représentants d’ONG, de scientifiques, de peuples autochtones, de jeunes activistes et d’entreprises se sont réunis pour défendre l’avenir de nos océans.
Objectif central : faire entrer en vigueur le traité BBNJ, qui vise à protéger la haute mer, ces zones marines situées au-delà des juridictions nationales. Ce traité, historique, ne pourra entrer en vigueur qu’à partir de 60 ratifications.
À Nice, plusieurs pays d’Amérique ont confirmé leur signature, montrant leur volonté de peser sur la scène internationale.
Les pays d’Amérique latine en première ligne
Le Costa Rica, déjà engagé dans le corridor CMAR, a été très actif lors de l’UNOC 3, tout comme la Colombie, le Panama ou le Chili. Ensemble, ils ont porté des propositions ambitieuses :
- Un moratoire sur l’exploitation minière des fonds marins, dont les conséquences écologiques sont encore mal connues.
- L’extension des aires marines protégées, pour aller au-delà de l’objectif mondial de 30 % d’ici 2030.
- Le renforcement de la coopération technologique, avec des systèmes de surveillance par satellite contre la pêche illégale.
Ces prises de parole ont été saluées par la communauté scientifique, qui voit en l’Amérique latine un moteur de changement pour la gouvernance des océans.
L’UNOC 3 a montré qu’un changement d’échelle est possible. Mais pour passer de la parole aux actes, il faudra aller plus loin… vers une véritable alliance continentale, structurée, durable et solidaire.
Vers une "Coalition Bleue" des Amériques ?
Depuis quelques années, l’idée d’une coalition océanique à l’échelle du continent américain prend de l’ampleur. Une sorte d’ « Alliance Bleue des Amériques », où chaque pays – du Nord au Sud – contribuerait à protéger l’océan comme un bien commun.
Une gouvernance partagée pour une mer sans frontières
L’objectif serait de mieux travailler ensemble entre les pays d’Amérique pour protéger l’océan, pas seulement à travers des accords temporaires, mais avec une vraie vision commune sur le long terme.
Cela pourrait passer par :
- Créer un réseau d’espaces marins protégés, reliés entre eux pour que les animaux marins puissent se déplacer en toute sécurité.
- Partager les informations et les outils de surveillance, pour mieux repérer les dangers comme la pêche illégale.
- Parler d’une seule voix lors des grandes réunions internationales, pour défendre la mer et les espèces menacées.
Une telle alliance permettrait aussi d’obtenir plus d’aides pour financer des projets utiles, soutenir la recherche locale et donner plus de place aux communautés côtières dans les décisions.
Les communautés côtières et les jeunes, au cœur du projet
Protéger l’océan ne se fait pas qu’à travers des traités : cela passe aussi par l’éducation, la culture et l’engagement citoyen.
Dans de nombreux pays d’Amérique, les jeunes générations, les pêcheurs artisans, les peuples autochtones et les guides locaux sont en première ligne pour observer les changements, sensibiliser et proposer des solutions concrètes.
Créer une « Coalition Bleue », ce serait aussi leur donner une voix plus forte, leur offrir des outils, et reconnaître leur rôle essentiel dans la protection de la mer.
FAQ – Tout comprendre sur la protection des océans en Amérique
Qu’est-ce que la protection des océans en Amérique implique concrètement ?
Elle regroupe l’ensemble des actions menées par les pays du continent pour préserver les milieux marins : création d’aires protégées, lutte contre la pollution, surveillance de la pêche illégale, coopération scientifique et sensibilisation des populations.
Qu’est-ce que le CMAR (Corridor Marin de l’Est Tropical du Pacifique) ?
Le CMAR est une initiative régionale lancée en 2004 par le Costa Rica, l’Équateur, la Colombie et le Panama. Elle vise à relier plusieurs réserves marines majeures (comme les Galápagos ou l’île Cocos) afin de créer une zone de protection continue pour les espèces marines migratrices.
Quel rôle joue l’UNOC 3 dans la protection des océans en Amérique ?
La Conférence des Nations Unies sur l’Océan (UNOC 3), tenue à Nice en 2025, a permis aux pays d’Amérique de s’unir autour de propositions fortes : moratoire sur l’exploitation minière des fonds marins, extension des zones protégées, partage d’outils de surveillance et accélération des coopérations.
Que puis-je faire, moi, en tant que citoyen ou voyageur ?
Beaucoup de choses ! Privilégier un tourisme responsable, soutenir les initiatives locales, limiter l’usage du plastique, se renseigner et partager l’information. Chaque geste compte pour protéger l’océan et ceux qui en dépendent.
La protection des océans ne se joue pas seulement dans les laboratoires ou les grandes conférences, mais dans les choix que nous faisons tous ensemble, en tant que pays, citoyens et voyageurs.
Des initiatives comme le CMAR ou l’UNOC 3 montrent que la protection des océans en Amérique est en marche, et que l’unité est possible. Les pays du continent peuvent devenir des exemples à suivre, à condition de renforcer leur coopération, d’aller plus loin et de s’engager durablement.
Car protéger l’océan, c’est aussi protéger notre climat, notre alimentation, notre biodiversité… et notre avenir commun.
